Ecran Village

Cinéma associatif à Vernoux, Lamastre, St Jean Chambre et Chalencon (07)

 
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Du 21 au 27 novembre 27 novembre, 2012

Classé dans : Archives — Moïse @ 15:27

AMOUR

Du 21 au 27 novembre dans Archives affiche-amour
Film de Michael Haneke (Drame – France / Autriche – 2012 – 2h07)
Avec Jean-Louis Trintignant, Emmanuelle Riva, Isabelle Huppert …
Palme d’Or du 65e festival de Cannes

Chez Michael Haneke, les individus sont placés devant ce qui les brise et l’existence est toujours filmée du point de vue d’un gâchis qui s’accomplit froidement en série de récits heurtés, volontairement choquants. Amour n’échappe pas à la règle. Un homme et une femme, Georges et Anne (Jean-Louis Trintignant et Emmanuelle Riva, duo d’exception), octogénaires dans un appartement haussmannien tapissé de livres. Ils sont vieux mais encore vaillants. Pourtant, un matin, au petit déjeuner, Anne reste quelques minutes hébétée, les yeux dans le vide. On diagnostique un problème vasculaire nécessitant une opération qui, en définitive, tourne mal. Anne revient au bercail paralysée du côté droit. La situation, très vite, se dégrade et Georges doit assister sans recours à l’inexorable processus d’avilissement de celle avec qui il a toujours vécu. Le caractère destructeur du cinéma de Haneke aborde ici une nouvelle frontière, qui l’oblige à changer de posture. Il lui faut, peut-être pour la première fois, non plus verser l’acide sur le vernis d’un système social hypocrite et pourrissant mais sauver quelque chose du néant commun. A force de promener sur le monde contemporain un miroir cruel, Haneke a fini par croiser son propre reflet, et l’intellectuel sarcastique a pris peur. Tout peut s’arrêter, net, comme la musique au long d’Amour, qui n’est jamais donnée comme un morceau complet mais un segment de piano que le montage sectionne comme on décapite un poulet. La déchéance d’une femme malade, «rien de tout ça ne mérite d’être montré», dit Georges à sa fille qui oscille entre crise de nerfs et conseils inutiles. Haneke contredit son personnage, il lève le voile sur une expérience inhospitalière mais, de bout en bout, on sent qu’il cherche autre chose que l’enfonçage de portes ouvertes sur les misères de la fin de vie. En lui se superpose le savoir-faire du miniaturiste qui ne laisse aucun détail du quotidien au hasard mais aussi le tourment de celui qui refuse sa condition limitée et qui veut trouver un moyen d’avoir le dernier mot. L’amour à 80 ans n’est pas comme à 20 ans mais c’est toujours l’amour, peut-être même son degré d’achèvement ou de dépouillement ultime puisqu’il est débarrassé de tout enrobage romantique, réduit à l’essence de la vie partagée par deux êtres. Mise amour, mise à mort, telle est la martingale existentielle de ce film. Dans ce huis-clos somptueux, le réalisateur affronte la terreur de la mort à travers le dernier face-à-face de ce vieux couple. Pas de consolation, pas de pathos, pas de faux espoirs, pas de “Anne va s’en sortir et gambader”, pas de béquille divine, pas de sornettes sur le paradis ou l’enfer, pas de “Anne va être rappelée à Dieu” : la mort vue par Haneke est concrète, prosaïque, laïque, athée (elle est même autre chose, que l’on ne dévoilera pas mais qui suscitera forcément discussion). Un jour, la vie s’arrête, c’est très douloureux, c’est inacceptable. Il faut l’accepter, l’affronter. Haneke ne se (nous) raconte pas d’histoires et regarde l’inéluctable droit dans les yeux. En notre époque terrifiante de régression religieuse, cette placide et franche lucidité fait du bien. Bien que clinique, voire empreint de cruauté, Amour est constamment touchant, et parfois bouleversant.

Ce film est précédé du court métrage:
L’HOMME QUI DORT
Film de Inès Sedan (Animation – France – 2009 – 11’43 » – muet)

Sofia est une femme qui vit avec son mari qu’elle aime profondément. Mais son mari est un homme qui dort toujours et Sofia doit admettre que peut-être il ne se réveillera jamais.

Lamastre (centre culturel) :
vendredi 23 novembre
à 14h (séance scolaire ouverte à tous) & 21h
mardi  27 novembre à 15h
(en partenariat avec l’UTL) & 21h

Vernoux (salle Louis Nodon) :
dimanche 25 novembre à 17h
lundi 26 novembre à 18h & 21h

Chalencon (salle polyvalente) :
dimanche 25 novembre à 20h30

 

 
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Du 14 au 20 Novembre (2 films) 20 novembre, 2012

Classé dans : Archives — Moïse @ 19:12

ASTÉRIX ET OBÉLIX AU SERVICE DE SA MAJESTÉ

Du 14 au 20 Novembre (2 films) dans Archives affiche-asterix-et-obelix
Film de Laurent Tirad (Comédie – France – 2012 – 1h49)
Avec Gérard Depardieu, Edouard Baer, Catherine Deneuve, Valérie Lemercier, Fabrice Luchini …

50 avant Jésus Christ, César a soif de conquêtes. A la tête de ses glorieuses légions il décide d’envahir cette île située aux limites du monde connu, ce pays mystérieux appelé Brittania, la Bretagne. La victoire est rapide et totale. Enfin… presque. Un petit village breton parvient à lui résister, mais ses forces faiblissent. Cordelia, la reine des Bretons, décide donc d’envoyer son plus fidèle officier, Jolitorax, chercher de l’aide en Gaule, auprès d’un autre petit village, connu pour son opiniâtre résistance aux Romains… Dans le village gaulois en question, Astérix et Obélix sont déjà bien occupés. Le chef leur a en effet confié son neveu Goudurix, une jeune tête à claques fraîchement débarquée de Lutèce, dont ils sont censés faire un homme. Et c’est loin d’être gagné. Quand Jolitorax arrive pour demander de l’aide, on décide de lui confier un tonneau de potion magique, et de le faire escorter par Astérix et Obélix, mais aussi Goudurix, car ce voyage semble une excellente occasion pour parfaire son éducation. Malheureusement, rien ne va se passer comme prévu… Fatigués, Astérix et Obélix? Pas du tout. Ils sont plus vifs et plus drôles que jamais, la potion magique fait toujours son effet et le quatrième épisode de leurs aventures au cinéma est peut-être le plus réussi de tous. Gérard Depardieu est toujours Obélix, mais Astérix a un nouveau visage: après Christian Clavier et Clovis Cornillac, c’est Edouard Baer qui est chargé ici d’incarner la gouaille, la débrouillardise et la résistance gauloises à l’envahisseur. Et il campe un Astérix inédit, qui se pose des tas de questions existentielles. Le film est tiré de deux albums dans lesquels les héros gaulois allaient voir au-delà des frontières de leur petit village: Astérix chez les Bretons et Astérix et les Normands. Avec un scénario assez élaboré, ce nouvel « Astérix » ne craint pas la comparaison avec les trois précédents. Mais c’est surtout l’humour, la qualité des dialogues et une certaine profondeur dans le comportement des personnages qui font du film une vraie réussite. Pour la première fois, Astérix et Obélix se posent des questions sur leur amitié, qui n’est plus une façade. Depardieu fait d’Obélix un personnage plus touchant, plus susceptible que d’habitude, tandis qu’Edouard Baer oscille, pour Astérix, entre un intello frimeur et pince-sans-rire et un dragueur solitaire et pathétique. Car, pour la première fois aussi, les femmes ont des seconds rôles importants: Catherine Deneuve en reine d’Angleterre, Charlotte Le Bon en fiancée de Jolitorax et Valérie Lemercier qui joue sa mère. Il y a donc des idylles, des tentatives de séduction et des interrogations sur la vie de couple: Astérix et Obélix, « deux types qui vivent ensemble avec un chien? », souligne l’effronté Goudurix. Le scénario baigne dans un anachronisme permanent et qui faisait déjà le charme des BD, la société actuelle étant évoquée dans le cadre gallo-romain: sans-papiers, jeunesse parisienne, vie londonienne, reine d’Angleterre, audit des dépenses romaines, homosexualité, immigration, rugby, psychanalyse, etc… Dialogues ciselés, rires assurés, scènes d’action, une réalisation léchée, un scénario bien ficelé, et un casting épatant font de cette quatrième aventure d’Astérix sur grand écran une réussite.

Ce film est précédé du court métrage:
AU BOUT DU MONDE
Film de Konstantin Bronzit (Animation – France – 1999 – 7’27 » – muet)

Les aventures d’une maison à l’équilibre fragile posée sur le pic d’une colline, elle balance alternativement de droite à gauche au grand dam de ses habitants.

Lamastre (centre culturel) :
jeudi 15 novembre à 21h
vendredi 16 novembre
à 18h & 21h

Vernoux (salle Louis Nodon) :
samedi 17 novembre à 16h & 21h
lundi 19 novembre à 18h

Chalencon (salle polyvalente) :
dimanche 18 novembre à 20h30

St Jean Chambre (espace Balmont) :
mardi 20 novembre à 20h30

                                                                                                                                               

 

CÉSAR DOIT MOURIR

affiche-cesar-doit-mourir dans Archives
Film de Paolo & Vittorio Taviani (Drame – Italie -  2012 -1h16 – V.O.S.T.)
Avec Cosimo Rega, Salvatore Striano, Giovanni Arcuri …

Évoluant sur le fil ô combien fragile de la fiction théâtrale et du documentaire carcéral, César doit mourir convoque les fantômes shakespeariens au cœur d’un quartier de haute sécurité de la centrale de Rebibbia. Longues peines et perpétuités y tiennent le rôle de leur (propre) vie, dans une mise en scène qui joue habilement des contraintes de l’espace carcéral. L’exercice est plus périlleux qu’il n’y paraît : prenant un moindre risque, il se serait effacé derrière une captation témoignant sans apprêt du spectacle monté par les détenus de cette centrale de banlieue romaine sous l’impulsion d’un metteur en scène fabuleux, Fabio Cavalli. Lorgnant vers la fiction de réhabilitation, il aurait pris des airs de success story et rejoint la cohorte de films-Guinness où des octogénaires montent des groupes de rock et autres chorales humanitaires. Le pari des frères Taviani tient de la performance d’un équilibriste, toujours sur le point de chuter et jamais très loin de toucher les cieux. Découvrant cette troupe de comédiens amateurs constituée de condamnés à perpétuité, ils leur proposent de monter le Jules César de Shakespeare, tragédie antique nourrie des cauchemars et des haines sanglantes du dramaturge britannique, aussi éloignée que singulièrement proche des vies de ces détenus. Les premiers plans du film sur les derniers moments de la pièce donnent raison aux cinéastes : la mort de Brutus, renonçant à sa vie comme un homme qui sait sa faute impardonnable, y est poignante de vraisemblance. Une fois le rideau tombé, c’est encadrés de surveillants en uniformes que les comédiens quittent la scène pour rejoindre leurs cellules, tandis que le public sort de la salle sous l’oeil des miradors. Le film bascule alors vers un noir et blanc plein de saillies et de clartés, parti-pris esthétique d’une abstraction de l’espace de la prison. La mise en scène intègre adroitement le décor carcéral, comme le cadre grandiose d’une Rome impériale sclérosée par les conjurations fratricides. Le scénario suit les actes de la pièce dans ce lieu d’enfermement où, au fil de répétitions, les profils s’aiguisent et les langues s’affûtent, trouvant de terribles échos dans les vies chaotiques des comédiens. Les murs de briques bruissent de mille complots, les assassinats se fourbissent à l’ombre de tristes cellules, les cours de bitume résonnent des plaintes endeuillées des partisans vaincus de César, et les grillages et barreaux cachent les regards de témoins. Par le truchement de la mise en scène théâtrale, toutes les scènes sont jouées à l’intention d’un spectateur invisible, matérialisé par la présence de la caméra ou bien celle d’observateurs inopinés, comme ces surveillants qui attendent le dénouement d’une scène pour sonner la fin de la promenade. Le montage détourne avec une même habilité les codes du film de prison, en offrant à chaque protagoniste une scène où se présenter. Alternant répétitions et représentations, régimes documentaire et dramatique, le film évolue avec agilité hors des continuités narratives ou chronologiques. Qu’on ne s’y trompe pas pourtant, César doit mourir tient plus de la fiction que du documentaire. Il y a bien longtemps que les deux frères italiens ont pris conscience que leur écriture les portait du côté de la fiction. En 1989, les deux frères avaient croisé Howard Hawks, de passage à Rome. Celui-ci leur avait expliqué : « Vous voulez donner au public quelque chose qu’il ne connaît pas, moi je cherche à lui donner ce que je crois qu’il aime. Mais nous avons un maître commun : Shakespeare, qui faisait les deux, et qui, comme vous et moi, savait qu’un drame doit avoir une fin ouverte, et non une conclusion totale. »Il ne croyait pas si bien dire.

Vernoux (salle Louis Nodon) :
samedi 17 novembre à 18h
dimanche 18 novembre à 17h
lundi 19 novembre à 21h

 

 
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Du 07 au 13 novembre (4 films) 13 novembre, 2012

Classé dans : Archives — Moïse @ 22:51

KILLER JOE

Du 07 au 13 novembre (4 films) dans Archives affiche-killer-joe
Film de William Friedkin (Thriller / Policier – USA – 2012 – 1h42 -V.O.S.T.)
Avec Matthew McConaughey, Emile Hirsch, Juno Temple, Thomas Haden Church …
Attention: film interdit aux moins de 12 ans

Chris, 22 ans, minable dealer de son état, doit trouver 6 000 dollars ou on ne donnera pas cher de sa peau. Une lueur d’espoir germe dans son esprit lorsque se présente à lui une arnaque à l’assurance vie. Celle que sa crapule de mère a contractée pour 50 000 dollars. Mais qui va se charger du sale boulot ? Killer Joe est appelé à la rescousse. Flic le jour, tueur à gages la nuit, il pourrait être la solution au problème. Seul hic : il se fait payer d’avance, ce qui n’est clairement pas une option pour Chris qui n’a pas un sou en poche. Chris tente de négocier mais Killer Joe refuse d’aller plus loin. Il a des principes…jusqu’à ce qu’il rencontre Dottie, la charmante sœur de Chris. Alors Killer Joe veut bien qu’on le paye sur le fric de l’assurance si on le laisse jouer avec Dottie. Après le monumental Bug qui propageait la paranoïa comme un virus, le réalisateur William Friedkin et le scénariste Tracy Letts ne pouvaient pas en rester là. Killer Joe scelle leur seconde collaboration et évidemment il promet de marquer le spectateur au fer rouge. Tel quel, il s’agit d’une descente aux enfers convulsive, un opéra white trash allant très loin dans l’outrance, une bonne blague provocatrice et dérangeante. Cette description abrasive de l’Amérique péquenaude peut donner l’impression d’avoir été mille fois vue, notamment chez Tennessee Williams, mais Friedkin réussit à renouveler le thème de l’ambiguïté morale – son sujet de prédilection – en lui donnant une complexité inédite. Et il n’y va pas de main morte. Rien à faire du bon goût, de la sensibilité et autres sornettes. La violence, il en a filmé les effets séduisants et détestables tout au long de films à succès légèrement démodés (The French Connection), et parfois bien meilleurs que leur réputation (Le Convoi de la peur, remake du célèbre Salaire de la peur, d’Henri-Georges Clouzot). En bon moraliste — tous les Américains le sont peu ou prou —, les progrès du Mal en l’homme l’ont toujours fasciné, parce que, dit-il, « c’est une lutte constante pour nos anges de gagner la bataille ». Chez lui, ils la perdent souvent… De la pièce de Tracy Letts, il tire une farce. Une charge. Sur une famille qui, par monstruosité autant que par bêtise, plonge dans un piège qui va la détruire. Sur un monde sans repères, aussi, que domine ce flic sans loi, soudain amoureux. Célèbre pour exacerber les scènes d’hystérie, le cinéaste, curieusement, a toujours, revendiqué un goût pour l’épure : « Une pièce, deux acteurs : le strict minimum me plaît. » Comme, ici, le clic-clac du briquet du shérif assassin… Chez Friedkin, un simple petit bruit, répété à satiété, fait naître la tension. Ce curieux suspense tragi-comique. Et puis, brutalement, il lâche les chiens. La conjuration des imbéciles s’effondre. Tout explose. La folie douce devient furieuse. Et soudain, c’est l’enfer… Killer Joe appartient à ces films sans happy-end que l’on regarde suspendu dans le vide, les yeux en spirale, entre rire et effroi.

Ce film est précédé du court métrage:
LA GRAN CARRERA (LA GRANDE COURSE)

Film de Kote Camacho (Fiction – Espagne – 2010 – noir et blanc – 07′ – V.O.S.T.)

1914. L’hippodrome de Lasarte présente une course avec un prix jamais vu pour le cheval gagnant. Les huit meilleurs chevaux du monde sont inscrits. Des amateurs et d’importants parieurs du monde entier se réuniront pour participer à ce grand événement : le Grand Prix du Demi Million.

Lamastre (centre culturel) :
jeudi 08 novembre à 21h
vendredi 09 novembre
à 21h

Vernoux (salle Louis Nodon) :
samedi 10 novembre à 18h
dimanche 11 novembre à 17h
lundi 12 novembre à 21h

Chalencon (salle polyvalente) :
dimanche 11 novembre à 20h30

St Jean Chambre (espace Balmont) :
mardi 13 novembre à 20h30

 

LA NUIT DES FORAINS

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Film de Ingmar Bergman (Drame – Suède -  1953 -1h33 – V.O.S.T.)
Avec Gunnar Björnstrand, Ake Gronberg, Harriet Anderson …
Cycle mémoire du cinéma en partenariat avec Les Ecrans

1900 en Suède. Un cirque minable fait halte dans une petite ville de province où Alberti, le directeur de la troupe, a abandonné sa femme et ses enfants, trois ans auparavant. En proie à de grosses difficultés financières, Alberti et Anne, sa nouvelle compagne, vont quémander des costumes au directeur du théâtre local. Le spectacle a finalement lieu mais s’achève lamentablement avec l’arrivée cocasse de la police. Bravant la jalousie d’Anne, Alberti va rendre visite à son ancienne épouse. Leurs retrouvailles tournent au fiasco. Pour se venger, Anne se donne à Franz, un acteur cynique, en échange d’un bijou sans valeur. Découvrant l’infidélité d’Anne, Alberti provoque Franz qui le roue de coups pendant le numéro d’écuyère d’Anne. Humilié, Alberti s’isole dans sa roulotte et rate son suicide.  Au petit matin, la caravane reprend la route. Frost, le clown, raconte un rêve étrange où il rapetisse dans le ventre de sa mère. Anne, revenue auprès d’Alberti, lui adresse un triste sourire. Pessimiste sans être désespéré, visuellement éblouissante, La Nuit des Forains est l’une des œuvres les plus marquante de Bergman. Ce film fût tourné à l’époque où il se voyait plutôt comme un homme de théâtre et considérait le cinéma comme une distraction. Si bien que le monde du spectacle devient, une fois encore, le thème essentiel de ce film. Ingmar Bergman y oppose la vie misérable d’un cirque ambulant à la réussite sociale d’un théâtre de province. Il contient en résumé toute la philosophie des premiers films du maître, soit : cesser d’aimer, c’est mourir. Très mal accueilli à sa sortie en Suède, La Nuit des Forains est pourtant certainement l’un de ses films les plus personnels. A la question : « Quelle place faites-vous à LA NUIT DES FORAINS au sein de votre œuvre ? », l’auteur répondit : « Ce film fut pour moi une libération. »

Vernoux (salle Louis Nodon) :
samedi 10 novembre à 21h
lundi 12 novembre à 18h

 

KIRIKOU ET LES HOMMES ET LES FEMMES

affiche-kirikou
Film de Michel Ocelot (Animation – France – 2012 – 1h28 – en 3D à Vernoux)
Film tout public à partir de 3 ans

Retrouver le Vieux Grincheux perdu, aider la Femme Forte à reconstruire le toit de sa case détruit par Karaba la sorcière, calmer les pleurs des bébés en jouant de la flûte, apprivoiser le Monstre Bleu… Dans cette deuxième série de contes dérivés de Kirikou et la Sorcière, le plus petit des héros de dessins animés ne chôme pas, l’imagination de Michel Ocelot reste intarissable, et le résultat est à nouveau un ravissement. De la fable musicale au conte moral, chaque histoire se construit en quelques idées simples, qui prennent corps en lignes expressives et couleurs vibrantes avec un relief unique. Michel Ocelot fait en effet un usage singulier de la 3D, déjà expérimenté dans les Contes de la Nuit : il s’agit de superposer plusieurs couches planes pour donner un sentiment de profondeur plutôt que de volume. L’effet obtenu, semblable à celui des anciens théâtres d’ombres qui ont inspiré les Contes de la Nuit, permet de donner l’impression que le personnage se détache d’un fond parfois abstrait, comme ce bleu changeant et mobile derrière le grand-père de Kirikou qui fait de la caverne où le vieil homme raconte les histoires un espace sans fond, ouvert au monde infini des contes. A l’inverse, le monde de Kirikou est fait d’espaces clos : le village tout rond, et au loin la case magique de Karaba la sorcière. Entre les deux, une sorte de zone de non-droit que seuls les fétiches franchissent pour accomplir les missions que leur donne leur maîtresse. Lorsque les villageois s’y aventurent, c’est que l’heure est bien grave, et qu’il faut tout risquer pour une conciliation avec l’ennemie de toujours. Seul Kirikou le parcourt sans crainte dans un sens et dans l’autre, sa silhouette minuscule passant d’un buisson à l’autre comme un souffle. Au fond, chacun des défis qu’il s’impose revient à tenter de rendre les espaces clos perméables les uns aux autres : guérir les peurs héritées, cultiver la curiosité de l’autre. Le touareg, la vieille femme inconnue. La sorcière. Le dernier conte propose à ce défi sans cesse renouvelé une solution charmante. Pour calmer les bébés qui pleurent, Kirikou apprend à jouer de la flûte. Sa mélodie fédère les rythmes des instruments de percussion des villageois, et les petits se calment. Mais l’harmonie naissant à un effet corollaire inattendu : là-bas, très loin et soudain très près, la sorcière sort de sa case, et demande à ce que l’on joue plus fort. Et sa voix, l’instrument que la nature et non la magie lui donne, vient se joindre presque malgré elle à la musique de Kirikou. Bien jolie façon de redire ces grandes leçons que les précédentes aventures du héros minuscule disaient déjà si simplement. Mais on ne se lasse pas de l’entendre une fois encore, portée par un nouvel air.

Lamastre (centre culturel) :
vendredi 09 novembre
à 15h

Vernoux (salle Louis Nodon) :
mercredi 07 novembre à 17h (3D)
samedi 10 novembre à 14h
(3D)

 

LES PIRATES! BONS À RIEN, MAUVAIS EN TOUT

affiche-les-pirates
Film de Peter Lord (Animation – Angleterre -  2012 -1h12 – V.F.)
Film tout public à partir de 6 ans

Malgré son enthousiasme, le Capitaine Pirate a beaucoup de mal à se faire passer pour une terreur des mers. Secondé par un équipage aussi peu doué que lui, le Capitaine rêve pourtant de battre ses rivaux, Black Bellamy et Liz Lafaucheuse, en remportant le prestigieux Prix du Pirate de l’Année. Pour le Capitaine et son drôle d’équipage, c’est le début d’une incroyable odyssée qui, des rivages de Blood Island jusqu’aux rues embrumées de Londres, va les conduire d’épreuves en rencontres. S’ils vont faire équipe avec un jeune scientifique du nom de Charles Darwin, ils vont aussi devoir affronter mille dangers et tenter de survivre à la reine Victoria, qui voue une haine absolue aux pirates… En avant pour l’aventure ! Peter Lord se lance à l’abordage des romans de Gideon Defoe, phénomène littéraire outre-Manche, rencontre explosive entre Robert Stevenson et les Monty Python. Tout est dans le titre. Le capitaine Pirate, son Dodo apprivoisé et son équipage de gentils branquignols, ne sont la terreur d’aucun océan. C’est tout juste s’ils arrivent à attaquer des bateaux pleins de nudistes, de fantômes ou d’écoliers en balade : n’importe quoi sauf du vrai gibier de pirates. Ces abordages à répétition portent bien la marque des studios d’animation Aardman : couleurs pimpantes et enfantines, textures veloutées et humour fou-fou. Les créateurs de Wallace et Gromit ou de Chicken Run nous offrent une nouvelle séance d’euphorie, peuplée de losers rondouillards, où les monstres marins des cartes de navigation s’animent, où le roi des flibustiers ressemble à Elvis… Mélange de pâte à modeler traditionnelle et d’animation numérique, le film bondit des mers chaudes aux brumes de Londres, où guette l’ennemie numéro un des héros, la grande « méchante » du film : la reine Victoria herself ! Une bonbonne pomponnée et perverse, que les créateurs s’ingénient à malmener et à ridiculiser avec bonheur. La virtuosité de l’animation, le second degré des dialogues, la loufoquerie débridée du scénario ainsi qu’un goût immodéré de l’absurde burlesque assurent la réussite de cette hilarante parodie.

Vernoux (salle Louis Nodon) :
mercredi 07 novembre à 14h
samedi 10 novembre à 16h

Lamastre (centre culturel) :
jeudi 08 novembre
à 15h

Chalencon (salle polyvalente) :
dimanche 11 novembre à 17h30

 

 

 
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Du 28 novembre au 04 décembre (2 films) 12 novembre, 2012

Classé dans : A l'affiche cette semaine — Moïse @ 14:49

DANS LA MAISON

Du 28 novembre au 04 décembre (2 films) dans A l'affiche cette semaine affiche-dans-la-maison1
Film de François Ozon (Thriller – France – 2012 – 1h45)
Avec Fabrice Luchini, Kristin Scott Thomas, Emmanuelle Seigner, Denis Ménochet, Ernest Umhauer …

Germain (Fabrice Luchini) est un prof de français, marié à la gérante d’une galerie d’art (Kristin Scott Thomas). C’est un prof ordinaire dans un ­lycée qui prétend ne pas l’être. Un quinquagénaire, vaguement las de devoir — ordre de l’administration — appeler « apprenants » des élèves justement si peu désireux d’apprendre. Sauf un petit blond, toujours au dernier rang de sa classe. Lui n’écrit pas mal. Alors que ses camarades ont raconté leur week-end avec une pauvreté stylistique à faire se flinguer de désespoir n’importe quel enseignant digne de ce nom, il a décrit une journée passée chez son meilleur ami. En des termes étranges, parfois incongrus, presque méprisants. Et il a conclu sa dissertation par ces mots étranges : « A suivre… ». Intrigant, cet « à suivre ». Intrigué, donc, Germain suit cet élève doué là où il veut le mener. Est-ce vrai, est-ce faux, ce qu’il lui raconte sur le père de son copain, si fruste, sur sa mère, si médiocre, si désirable ? Ce feuilleton presque quotidien, qu’il commente avec sa femme, d’ailleurs, lui devient vite indispensable. Comme un shoot. Le voilà prêt à prendre des risques pour continuer à jouer les voyeurs littéraires auprès de cet ado à qui on donnerait le bon Dieu sans confession. Sauf que le regard de Claude (Ernst Umhauer) s’éclaire parfois d’une lueur bizarre, comme pour suggérer une perversité qui ne demanderait qu’à s’épanouir. Les films d’Ozon sont tous des machineries parfaites qui soudain im­plosent en emportant dans les décom­bres l’ordre, la morale et — son thème ­privilégié — la famille. Dans la maison est si drôle, si soyeux, si rythmé que la noirceur avance masquée… Pour le cinéaste, le film sonne, en tout cas, comme un manifeste. Sur le métier de créateur. Sur l’art de diriger comédiens et… spectateurs ! Dans une époque pénible où pullulent les histoires vraies, où romanciers et cinéastes collent à leur vie comme à leur nombril, François Ozon, qui a toujours inventé ou adapté des histoires bizarres ou folles, affirme ici l’importance de l’artifice. De l’imagination. De l’évasion. La fiction, il n’y a que ça de vrai. La fiction où l’on s’égare, où l’on se perd, où l’on progresse en croyant régresser, où l’on ne découvre pas celui qu’on est, mais celui qu’on ne veut surtout pas devenir. Je manipule, tu manipules, François Ozon manipule… Tous les cinéastes manipulent, bien sûr, mais lui plus que les autres. A ses débuts on sentait un rien trop son plaisir à transformer ses personnages en pions et ses spectateurs en jouets. Puis, la tendresse et la douceur, insensiblement, se sont infiltrées dans ses films. Sans que s’affadissent l’ironie du cinéaste, son insolence, son amour du jeu (et du « je » : le goût des autres allant souvent de pair avec le goût de soi). Un film qui charme, qui étonne, qui excite. Qui nous mène par le bout du nez, une fois encore, mais si aisément qu’on est ravi de se laisser séduire. Un petit chef-d’œuvre troublant et subtil. Un pastiche de thriller drôle et enlevé.

Ce film est précédé du court métrage:
L’ACCORDEUR
Film de Olivier Treiner (Fiction – France – 2010 – 13’30 »)

Adrien est un jeune pianiste prodige. Il s’est effondré psychologiquement après avoir échoué à un concours de renom et travaille désormais comme accordeur de piano. Comme remède à cette vie, il s’invente un masque d’aveugle pour pénétrer l’intimité de ses clients. Cet artifice permet à Adrien de reprendre goût à la musique. Mais à force de voir des choses qu’il ne devrait pas voir, Adrien se trouve pris à son propre piège quand ce mensonge le conduit à être le témoin d’un meurtre.

Lamastre (centre culturel) :
jeudi 29 novembre à 21h
vendredi 30 novembre
à 21h

Vernoux (salle Louis Nodon) :
samedi 01 décembre à 18h
dimanche 02 décembre à 17h
lundi 03 décembre à 21h

Chalencon (salle polyvalente) :
dimanche 02 décembre à 20h30

St Jean Chambre (espace Balmont) :
mardi 04 décembre à 20h30

                                                                                                                                               

 

JULES ET JIM

affiche-jules-et-jim dans A l'affiche cette semaine
Film de François Truffaut (Comédie dramatique / Romance – France -  1962 -1h45)
Avec Jeanne Moreau, Oskar Werner, Henri Serre …
Film programmé dans le cadre de notre cycle « mémoire du cinéma » en partenariat avec Les Écrans

Œuvre parmi les plus emblématiques de la Nouvelle Vague, le 3e film de François Truffaut, Jules et Jim, est l’adaptation du roman éponyme de Henri-Pierre Roché, qui narre l’amitié au début des années 1920 entre les inséparables et indissociables Jules, allemand, et Jim, français. Le film, comme Les 400 Coups, opte pour une esthétique réaliste : outre les images d’archives utilisées alors que la 1ère Guerre Mondiale perturbe le récit (Jules et Jim y participant tous les deux, l’un combattant aux côtés des français, l’autre de celui des allemands), les escapades du trio formé par Jules, Jim et Catherine sont photographiées comme des photos de rues, prises sur le vif. Ambivalence des images, réelles ou de fiction, et ambivalence des sons, voix-off, dialogues et partitions musicales s’entremêlant sans cesse. François Truffaut procède ici par collage. Une pluralité de tons s’installe alors : par son brassage des formes de discours, Truffaut mêle littérature et cinéma, présent (des dialogues, de l’image captant un instant de vie) et passé (le style romanesque de l’ensemble), vie et mort. Dans la peinture du triangle amoureux, signalant une vie menée en dehors des conventions et de la morale, Jules, Jim et Catherine sont seuls au monde et donc invulnérables, ils ne cessent de prouver leur joie de vivre. Pourtant ce trio si soudé est d’emblée trop fragile pour être éternel : Catherine arbore une casquette, se peint une moustache, mais n’est jamais semblable à Jules et Jim. Plus qu’un simple personnage, elle est un symbole, une personnification de la Nouvelle Vague : Catherine dicte le montage de Jules et Jim, imposant ainsi son rythme, puisque c’est elle qui provoque des arrêts sur image dès qu’elle pose ou de grandes ellipses à chacun de ses permanents changements d’avis. Comme le mouvement qu’elle incarne, elle revendique sa liberté mais demeure éphémère. François Truffaut réalise un film oscillant sans cesse entre légèreté et gravité, entre comédie et tragédie, entre l’euphorie de vivre l’instant présent, emporté par le tourbillon de la vie et le désespoir d’une fin inévitable. Avec Jules et Jim, François Truffaut redéfinit la notion d’adaptation. Si comme le roman de Roché son film met en scène la rencontre entre les héros éponymes et Catherine, le cinéaste donne à voir également une autre rencontre, liée à des préoccupations exclusivement cinématographiques : celle entre deux amateurs d’art et un nouveau mouvement personnifié par le personnage féminin, incarné par Jeanne Moreau, qui deviendra l’une des icônes de la Nouvelle Vague.

Vernoux (salle Louis Nodon) :
samedi 01 décembre à 21h
lundi 03 décembre à 18h

 

 
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Du 05 au 11 décembre (3 films) 11 novembre, 2012

Classé dans : Prochains films — Moïse @ 10:47

LA VIERGE, LES COPTES ET MOI

Du 05 au 11 décembre (3 films) dans Prochains films affiche-la-vierge-les-coptes-et-moi1
Film de Namir Abdel Messeeh (Documentaire / comédie – France / Égypte – 2012 – 1h31 – V.O.S.T.)
Avec Siham Abdel Messeeh, Namir Abdel Messeeh …

Officiellement associé au courant de l’autofiction, Namir Abdel Messeeh met en scène sur un mode semi-documentaire son retour à l’Égypte de ses origines. Il a une passion pour sa mère, râleuse mais solidaire, qui est le personnage clé du film. Ce cinéaste de culture franco-arabe livre une comédie sur l’Égypte chrétienne au moment où, après sa récente révolution, le pays est pris en tenailles entre les islamistes et les militaires. D’ailleurs, quelque part dans le film, vraisemblablement tourné avant 2011, une voix off fait grief au cinéaste de son ignorance de ce bouleversement. Cela dit, cet essai drolatique sur la communauté copte, dont fait partie la famille paysanne du cinéaste, est très instructif quant à la vitalité de ce courant chrétien calqué sur la mentalité musulmane (les deux camps vénérant la Vierge Marie, du moins en Égypte). C’est le ton du film, à la fois pince-sans-rire et chaleureux, qui fait son style. Comme d’autres cinéastes arabes, Namir Abdel Messeeh, élevé en France, tire une force humoristique rare de son déracinement. Le contraste entre tradition égyptienne et modernité européenne lui permet de porter un regard à la fois tendre et critique sur sa famille et les archaïsmes de sa communauté. Parti pour faire une enquête sur les apparitions de la Vierge en Égypte, notamment celle de 1968 (possible supercherie du régime de Nasser), le cinéaste ne trouve guère de témoins et bifurque vers sa famille modeste, qui vit à la campagne, au grand dam de sa mère et de son producteur, qui lui coupe les vivres. Une fois sa mère devenue gestionnaire du projet, Namir Abdel Messeeh décide de mettre en scène une apparition fictive de la Vierge avec des paysans du cru. L’impréparation chronique et les ratages fournissent l’essentiel du récit. L’humour et la légèreté du film sont alimentés par ces échecs successifs, qui contraignent le cinéaste à rester alerte et à rebondir constamment. Comme il le dit très bien lui-même, “l’échec est une matière nourrissante”. Cette capacité à se remettre en question, à savoir improviser et changer son fusil d’épaule en cours de route est, contrairement à ce que dit son producteur en voix off, sa plus grande force. On peut même prédire que, grâce à cette fantaisie et cette faculté d’adaptation permanentes, Namir Abdel Messeeh va devenir un des réalisateurs de comédie avec lesquels il faudra compter.

Lamastre (centre culturel) :
jeudi 06 décembre à 21h
vendredi 07 décembre
à 21h

Vernoux (salle Louis Nodon) :
samedi 08 décembre à 18h
lundi 10 décembre à 21h

Chalencon (salle polyvalente) :
dimanche 09 décembre à 20h30

St Jean Chambre (espace Balmont) :
mardi 11 décembre à 20h30

                                                                                                                                                

SKYFALL

affiche-skyfall dans Prochains films
Film de Sam Mendes (Action / espionnage – USA -  2012 -2h23 – V.O.S.T. & V.F.)
Avec Daniel Craig, Judi Dench, Javier Barden, Naomie Harris, Bérénice Marlohe …

Comme le beaujolais nouveau ou le noir dans les défilés de mode, James Bond revient. Il a 50 ans cette année et, sous les traits de Daniel Craig, porte toujours beau. Mais, à en croire les politiciens qui veulent nettoyer le MI-6, l’espion qu’on aimait serait usé, vieilli, fatigué. Au retour d’une mission calamiteuse, 007 doit d’ailleurs repasser les tests du parfait agent secret… où il échoue piteusement, le souffle court, l’épaule en compote, avec des performances au tir dignes d’un parkinsonien. Quant à son expérience du « terrain », elle semble ringarde face aux nouveaux terroristes du XXIe siècle, ces hackers de génie dont les programmes informatiques sèment le chaos jusqu’au coeur de Londres. Alors, James, bon(d) à partir la retraite ? Sam Mendes prouve  le contraire. Le réalisateur des Noces Rebelles et American Beauty revient à l’essentiel de la série : humour british et élégance. Et il prend le temps de creuser la psychologie des personnages, quitte à alléger le film en testostérone. Opter pour un découpage à l’ancienne, avec des plans qui osent dépasser les cinq secondes, a du bon : voir la course-poursuite dans Istanbul qui ouvre le film. Quand l’intrigue fait ensuite escale à Shanghai, on se croirait chez Wong Kar-wai : le temps semble suspendu, sous les reflets irréels des néons publicitaires — somptueuse photo de Roger Deakins, le chef opérateur attitré des frères Coen. Le retour au classicisme passe aussi par un méchant d’anthologie. Il faut attendre 70 minutes pour le découvrir, mais quelle apparition ! Javier Bardem, le cheveu blond platine, compose un criminel aussi suave qu’une créature d’Almodóvar et aussi terrifiant que le serial killer de No country for old men. Sa première entrevue avec Craig, riche en sous-entendus homosexuels, est l’un des sommets de Skyfall — Sam Mendes confirme une fois encore son talent pour la direction d’acteurs. Comme de juste, les deux ennemis s’affrontent pour une femme. Pas pour la James « bombe » girl 2012 — la supersexy Bérénice Marlohe, vite sacrifiée. Mais pour une mamie, ou plutôt une « maman » : M, la chef septuagénaire du MI-6, incarnée de nouveau par la grande Judi Dench. Le tour du monde réglementaire se termine là où tout a commencé : sur les terres natales de 007, au beau milieu de la lande écossaise, pour un finale à la fois explosif et crépusculaire. Il aura fallu attendre 50 ans pour qu’un réalisateur évoque l’enfance de Bond. Une manière émouvante de boucler la boucle, pour mieux repartir vers de nouvelles aventures.

Vernoux (salle Louis Nodon) :
vendredi 07 décembre à 21h (V.O.S.T.)
samedi 08 décembre à 21h
(V.F.)
dimanche 09 décembre à 17h
(V.F.)
lundi 10 décembre à 18h
(V.O.S.T.)


FRANKENWEENIE

affiche-frankenweenie
Film de Tim Burton (Animation – USA – 2012 – 1h27 – 3D – V.F.)
Film tout public à partir de 10 ans

Pourquoi donc Tim Burton est-il allé déterrer ce court métrage de 1984, réalisé à l’époque où il travaillait pour Disney, pour en faire un remake flambant neuf, en animation image par image et en très élégante 3D ? Le parallèle entre l’intrigue du film et la carrière de son auteur est trop tentant pour ne pas être évoqué : ce chien chéri, écrasé par une voiture et ressuscité illico par son propriétaire, le petit Victor Frankenstein, ne serait-ce pas, au fond, le cinéma de Burton ramené ici à sa vigueur originelle ? Le cinéaste touffu demeure dans son jardin d’enfant, bien décidé à nous montrer chacun de ses jouets : Vincent Price, Boris Karloff, Ed Wood, les horror movies de la Universal, Edgar Allan Poe, Godzilla, les Gremlins, la banlieue conformiste d’Edward aux mains d’argent, on en passe. Il aura donc fallu au réalisateur ce retour aux sources de son art pour que la flamme revienne. Et de quelle manière! Frankenweenie, conte fantastique, prouve que Burton est plus que jamais un prodige de l’image, un roi de l’animation. Mais aussi un créateur hors pair qui détient la sagesse de regarder d’où l’on vient et de rendre hommage à ces aînés. En cela, Frankenweenie est un film brillant, échevelé, drôle et touchant. Le seul véritable ajout par rapport au film original (outre le passage à l’animation) est la multiplication des monstres, qui donne au dernier acte des allures de grand parc d’attraction. Pas un plan qui n’en rappelle un autre, donc, et pourtant l’impression demeure d’être face à quelque chose de neuf, du moins garanti sans pourriture. Un monstre de Frankenstein sain de corps et d’esprit, en somme – soit très exactement la nature du chien Sparky une fois ramené à la vie. L’intrigue file à toute allure, le découpage est précis comme rarement, l’animation merveilleusement fluide, et l’ensemble émeut par sa grâce et sa sincérité. Frankenweenie est ainsi ce drôle de film miraculeux qui, sans rien changer en apparence à la recette, parvient à lui redonner la saveur que nos palais croyaient définitivement perdue. Avec ce retour aux sources, une boucle semble ainsi bouclée, et la seule chose qu’on puisse désormais souhaiter à Tim Burton est de trouver de nouveaux chemins plutôt que d’anciens corps à réanimer.

Vernoux (salle Louis Nodon) :
mercredi 05 décembre à 14h & 16h (3D)
samedi 08 décembre à 14h & 16h
(3D)
dimanche 09 décembre à 15h
(3D)

 

 

 
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Du 31 octobre au 06 novembre (4 films) 6 novembre, 2012

Classé dans : Archives — Moïse @ 15:47

CHERCHEZ HORTENSE

Du 31 octobre au 06 novembre (4 films) dans Archives affiche-cherchez-hotense
Film de Pascal Bonitzer (Comédie – France – 2012 – 1h40)
Avec Jean-Pierre Bacri, Kristin Scott Thomas, Isabelle Carré, Claude Rich, Jackie Berroyer …

Damien, un homme de bien, professeur de civilisation chinoise, a accepté, sur l’insistance de sa femme Iva, de rendre un service : parler à son père, président du conseil d’État, du cas d’une certaine Zorica, menacée d’expulsion par la justice, et tenter de le convaincre d’intercéder en sa faveur auprès d’un homme de pouvoir qui travaille dans l’ombre et répond au nom d’Henri Hortense (d’où le titre du film).  Seulement, comme l’avoue Damien à sa bande de copains de bistrot, il n’a “de rapports simples avec personne”, et surtout pas avec son père, homme narcissique, séducteur et fier de l’être. Les choses vont donc mal se dérouler. Le père de Damien l’évite par tous les moyens, toutes les portes du conseil d’État s’avérant de merveilleux passages dérobés pour fuir les problèmes humains. Par manque de courage et pour plaire à sa femme, Damien va pourtant laisser croire que tout est en bonne voie. Mais il y a complication quand il se rend compte que la jolie employée du restaurant qu’il fréquente quotidiennement a un rapport avec l’affaire. Chassés-croisés, trahisons, adultère, sentiments amoureux qui s’éveillent, coïncidences confondantes, le récit avance, entre rires et grandes émotions, avec grâce et une fausse frivolité, à coups de coq-à-l’âne et de digressions, vers une fin inattendue et qu’on espérait désespérément. On retrouve dans Cherchez Hortense ce goût prononcé de Bonitzer pour les personnages de dépressifs, pour les histoires baroques, oniriques et étranges qui apparaissaient déjà dans ses scénarios pour Rivette et surtout Raùl Ruiz, cette fois inscrites dans notre quotidien politique et historique, dans nos petits problèmes souvent ridicules de cul, de sentiments, de parentalité, ou de couple. Toutes les histoires et tous les personnages secondaires qui tournent autour de l’intrigue principale, loin de nous en éloigner, l’enrichissent en permanence, nous ramènent vers elle, étoffent les héros. Enfin, Bonitzer réussit quelques scènes de cinéaste admirables, de celles qui vous ont amené un jour à aimer le cinéma, quand tout à coup, les fantasmes (parfois les plus secrets, les plus honteux) de l’auteur et du spectateur ne font plus qu’un. Le sixième film de Pascal Bonitzer en tant que réalisateur (après Encore, Rien sur Robert, Le Grand Alibi…) est son film le plus fort, le plus tenu et tonique, le plus riche sans doute aussi.


Ce film est précédé du court métrage:

LE CLOU
Film de Benedikt Erlingsson (Fiction – Islande – 2008 – 15′ – V.O.S.T.)

Robert est un homme important qui assume de grandes responsabilités. Un jour, suite à un accident, la frontière se brouille entre l’homme et la bête qui sommeille en lui.

Lamastre (centre culturel) :
jeudi 01 novembre à 21h
vendredi 02 novembre
à 21h

Vernoux (salle Louis Nodon) :
samedi 03 novembre à 18h
lundi 05 novembre à 21h

Chalencon (salle polyvalente) :
dimanche 04 novembre à 20h30

St Jean Chambre (espace Balmont) :
mardi 06 novembre à 20h30

 

SAVAGES

affiche-savages dans Archives
Film de Olivier Stone (Thriller – USA -  2012 -2h10 – V.O.S.T.)
Avec Taylor Kitsch, Aaron Taylor-Johnson, Blake Lively, Benecio Del Toro, John Travolta …
Attention: film interdit aux moins de 12 ans

Laguna Beach, Californie : Ben, botaniste bohème, Chon, ancien Navy Seal, et la belle O partagent tout. Ben et Chon sont à la tête d’un business florissant. Les graines ramenées par Chon de ses missions et le génie de Ben ont donné naissance au meilleur cannabis qui soit. Même s’il est officiellement produit pour des raisons thérapeutiques, ils en dealent partout avec la complicité de Dennis, un agent des stups. Leur affaire marche tellement bien qu’elle attire l’attention du cartel mexicain de Baja, dirigé d’une main de fer par Elena. Face à leur proposition d’ »association », Chon est partisan de résister par la force, mais Ben préfère tout abandonner. Pour les contraindre à coopérer, le cartel kidnappe O. Elena a eu raison d’utiliser les liens très forts du trio, mais elle a aussi sous-estimé leur capacité à réagir… C’est le début d’une guerre entre l’organisation du crime dont le bras armé, Lado, ne fait aucun cadeau et le trio. Qu’il s’agisse de pouvoir, d’innocence, ou de la vie de ceux qu’ils aiment, tout le monde a quelque chose à perdre. Du sexe, de la drogue, de la violence au menu de cette adaptation réussie du best-seller de Don Winslow. Avec Savages Oliver Stone semble avoir retrouvé le plaisir de filmer, une gourmandise parfois roublarde qui transpire à chaque plan, et cette obsession d’extraire la trivialité des images que nous consommons et qui constitue la matière première de ses meilleurs films. Après une décennie consacrée à aborder les grands problèmes du monde contemporain (le 11 Septembre, George W.Bush, Fidel Castro, la crise financière…) avec un sérieux de bénédictin, Oliver Stone revient à quelque chose de plus léger. Plus léger, façon de parler : le film s’ouvre sur une décapitation dans une cave au Mexique, là où sévit la guerre des cartels, l’une des plus meurtrières au monde. Mais l’acte est filmé avec détachement, de façon presque badine, puis regardé par deux surfeurs californiens confortablement assis derrière leur ordinateur, pétard et paréo à portée de main. L’effroi les saisit bel et bien, mais disparaît aussi vite, le temps d’un clic. Snuff zapping.  On reconnaît là le réalisateur de Tueurs nés, pour qui la violence est une pop song anodine que les Américains fredonnent entre un burger et un reality-show, une tare congénitale dont il convient, à défaut de pouvoir l’endiguer, de saisir la mécanique infernale. Montage nerveux, narration déstructurée, savant mélange de violence, d’érotisme et d’humour, message sous-jacent délicieusement amoral… Oliver Stone revient en fanfare aux affaires avec ce thriller décoiffant, remarquablement maîtrisé et jubilatoire.

Vernoux (salle Louis Nodon) :
samedi 03 novembre à 21h
dimanche 04 novembre à 17h
lundi 05 novembre à 18h

 

KIRIKOU ET LES HOMMES ET LES FEMMES

affiche-kirikou
Film de Michel Ocelot (Animation – France – 2012 – 1h28 – en 3D à Vernoux)
Film tout public à partir de 3 ans

Retrouver le Vieux Grincheux perdu, aider la Femme Forte à reconstruire le toit de sa case détruit par Karaba la sorcière, calmer les pleurs des bébés en jouant de la flûte, apprivoiser le Monstre Bleu… Dans cette deuxième série de contes dérivés de Kirikou et la Sorcière, le plus petit des héros de dessins animés ne chôme pas, l’imagination de Michel Ocelot reste intarissable, et le résultat est à nouveau un ravissement. De la fable musicale au conte moral, chaque histoire se construit en quelques idées simples, qui prennent corps en lignes expressives et couleurs vibrantes avec un relief unique. Michel Ocelot fait en effet un usage singulier de la 3D, déjà expérimenté dans les Contes de la Nuit : il s’agit de superposer plusieurs couches planes pour donner un sentiment de profondeur plutôt que de volume. L’effet obtenu, semblable à celui des anciens théâtres d’ombres qui ont inspiré les Contes de la Nuit, permet de donner l’impression que le personnage se détache d’un fond parfois abstrait, comme ce bleu changeant et mobile derrière le grand-père de Kirikou qui fait de la caverne où le vieil homme raconte les histoires un espace sans fond, ouvert au monde infini des contes. A l’inverse, le monde de Kirikou est fait d’espaces clos : le village tout rond, et au loin la case magique de Karaba la sorcière. Entre les deux, une sorte de zone de non-droit que seuls les fétiches franchissent pour accomplir les missions que leur donne leur maîtresse. Lorsque les villageois s’y aventurent, c’est que l’heure est bien grave, et qu’il faut tout risquer pour une conciliation avec l’ennemie de toujours. Seul Kirikou le parcourt sans crainte dans un sens et dans l’autre, sa silhouette minuscule passant d’un buisson à l’autre comme un souffle. Au fond, chacun des défis qu’il s’impose revient à tenter de rendre les espaces clos perméables les uns aux autres : guérir les peurs héritées, cultiver la curiosité de l’autre. Le touareg, la vieille femme inconnue. La sorcière. Le dernier conte propose à ce défi sans cesse renouvelé une solution charmante. Pour calmer les bébés qui pleurent, Kirikou apprend à jouer de la flûte. Sa mélodie fédère les rythmes des instruments de percussion des villageois, et les petits se calment. Mais l’harmonie naissant à un effet corollaire inattendu : là-bas, très loin et soudain très près, la sorcière sort de sa case, et demande à ce que l’on joue plus fort. Et sa voix, l’instrument que la nature et non la magie lui donne, vient se joindre presque malgré elle à la musique de Kirikou. Bien jolie façon de redire ces grandes leçons que les précédentes aventures du héros minuscule disaient déjà si simplement. Mais on ne se lasse pas de l’entendre une fois encore, portée par un nouvel air.

Lamastre (centre culturel) :
mardi 06 novembre
à 15h (ciné-goûter)

Vernoux (salle Louis Nodon) :
mercredi 31 octobre à 14h (3D)
samedi 03 novembre à 16h
(3D)
lundi 05 novembre à 16h
(3D)

Chalencon (salle polyvalente) :
dimanche 04 novembre à 17h30

 

LES PIRATES! BONS À RIEN, MAUVAIS EN TOUT

affiche-les-pirates
Film de Peter Lord (Animation – Angleterre -  2012 -1h12 – V.F.)
Film tout public à partir de 6 ans

Malgré son enthousiasme, le Capitaine Pirate a beaucoup de mal à se faire passer pour une terreur des mers. Secondé par un équipage aussi peu doué que lui, le Capitaine rêve pourtant de battre ses rivaux, Black Bellamy et Liz Lafaucheuse, en remportant le prestigieux Prix du Pirate de l’Année. Pour le Capitaine et son drôle d’équipage, c’est le début d’une incroyable odyssée qui, des rivages de Blood Island jusqu’aux rues embrumées de Londres, va les conduire d’épreuves en rencontres. S’ils vont faire équipe avec un jeune scientifique du nom de Charles Darwin, ils vont aussi devoir affronter mille dangers et tenter de survivre à la reine Victoria, qui voue une haine absolue aux pirates… En avant pour l’aventure ! Peter Lord se lance à l’abordage des romans de Gideon Defoe, phénomène littéraire outre-Manche, rencontre explosive entre Robert Stevenson et les Monty Python. Tout est dans le titre. Le capitaine Pirate, son Dodo apprivoisé et son équipage de gentils branquignols, ne sont la terreur d’aucun océan. C’est tout juste s’ils arrivent à attaquer des bateaux pleins de nudistes, de fantômes ou d’écoliers en balade : n’importe quoi sauf du vrai gibier de pirates. Ces abordages à répétition portent bien la marque des studios d’animation Aardman : couleurs pimpantes et enfantines, textures veloutées et humour fou-fou. Les créateurs de Wallace et Gromit ou de Chicken Run nous offrent une nouvelle séance d’euphorie, peuplée de losers rondouillards, où les monstres marins des cartes de navigation s’animent, où le roi des flibustiers ressemble à Elvis… Mélange de pâte à modeler traditionnelle et d’animation numérique, le film bondit des mers chaudes aux brumes de Londres, où guette l’ennemie numéro un des héros, la grande « méchante » du film : la reine Victoria herself ! Une bonbonne pomponnée et perverse, que les créateurs s’ingénient à malmener et à ridiculiser avec bonheur. La virtuosité de l’animation, le second degré des dialogues, la loufoquerie débridée du scénario ainsi qu’un goût immodéré de l’absurde burlesque assurent la réussite de cette hilarante parodie.

Vernoux (salle Louis Nodon) :
mercredi 31 octobre à 17h

Lamastre (centre culturel) :
samedi 03 novembre
à 15h

 

 

 
 

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